William est né il y a 37 ans à Columbia aux États-Unis, où ses parents résidaient alors.
Sa naissance a été l’occasion d’organiser notre premier grand voyage à l’étranger. Pour ma part c’était la première fois que je vivais au quotidien avec un jeune bébé et je garde toujours en souvenir ses yeux si éveillés, ses sourires et rires dont il était déjà si généreux.
En grandissant, il est devenu un « bon pépère » comme on disait, enfant placide, gai et curieux de tout, traits de personnalité qui l’ont toujours caractérisé. Il avait deux ans quand la mucoviscidose a été diagnostiquée. Les traitements et soins ont pris place dans la vie de la famille, dans les habitudes au quotidien comme durant les weekends ou les vacances où nous nous retrouvions, William au milieu de ses grands-parents, oncles, tantes, cousin et cousines, sans pour autant empêcher les nombreux moments de joie, de rires, de discussions et de jeux parfois interminables…
William a vécu en partie à distance de sa sœur Héléna mais il se réjouissait de leurs rencontres et était heureux de ces moments partagés et de leur complicité.
Sa scolarité a été perturbée au lycée mais sa première transplantation à l’âge de 16 ans a été vécue par lui comme une véritable renaissance. Il a poursuivi ensuite ses études. Tout petit il s’était montré passionné par les chiffres, puis par les nombres, par les formules… ce qui l’a conduit en classes préparatoires, puis en Licence et en Master dans le domaine du génie thermique et énergétique, puis de la physique et dynamique des fluides. Au cours de ses études il a noué de solides amitiés qui ne se sont jamais démenties.
S’inscrire au badminton lui a permis d’intégrer un groupe qu’il appréciait énormément, dont les activités vont bien au-delà de ce simple sport. Il s’y sentait bien et partageait avec ses amis des moments précieux.
Scientifique de cœur, il avait la volonté pédagogique d’aider et de transmettre ses connaissances à travers des explications empreintes de rigueur, qui l’amenait parfois à perdre son auditoire à force de détails… Mais face à sa gentillesse et à son attention à l’autre, tout lui était pardonné !
Passionné par les chiffres, William l’était aussi par les mots avec lesquels il aimait tant jouer. Il aimait également le dessin qui lui permettait d’exprimer son imagination débordante. Et puis la musique, notamment la guitare dont il a appris à jouer tout jeune enfant et qui l’a accompagné jusque dans sa vie d’adulte, lui permettant d’explorer différents univers musicaux.
William était toujours prêt à faire un trait d’humour et à en recevoir, c’était aussi une marque de fabrique. Pourtant, certains sujets tels que le sexisme et le racisme, lui semblaient trop graves pour souffrir la moindre plaisanterie. Cette susceptibilité révélait chaque fois sa grande sensibilité et son humanité.
Il s’intéressait beaucoup à la vie politique et sociale, ici et dans le monde, il était profondément attaché aux valeurs humanistes et de la démocratie. Bien que venu en France dans sa première année, William a gardé un lien sincère avec son pays de naissance, les États-Unis, dont il avait gardé la double-nationalité. Il était à l’écoute de ce qui s’y passait et participait à distance à la vie civique en votant à l’occasion de chaque élection présidentielle.
William était un compétiteur dans tous les domaines : le sport, le karting, les courses de formule 1 sur sa PlayStation, les jeux de société… Il était un compétiteur aussi face à la maladie ce qui l’a conduit à relever le défi d’une deuxième transplantation malgré les risques encourus. Le désir de vivre et la volonté de se battre étaient toujours plus forts. Depuis cette nouvelle greffe il y a juste 5 ans, il était resté fragile.
Chaque épisode de la maladie, chaque séjour à l’hôpital, étaient vécus comme une épreuve de plus à surmonter qui trouverait forcément une issue favorable. Sur la dernière photo prise quelques temps plus tôt dans sa chambre d’hôpital, William-le-pitre fait un pied de nez, bravant la maladie mais se souciant surtout d’offrir à ses proches un message rassurant.
William aimait la vie, se battait pour elle, pour lui et pour les autres. Cette fois la maladie a été plus forte. Ses cendres seront inhumées au cimetière paysager de Tours où reposent déjà celles de ses grands-parents. Ils avaient fait don de leur corps à la science, animés par le désir de participer par tous leurs moyens au progrès de la médecine.
On ne devrait pas partir à 37 ans, William a eu foi en la vie jusqu’au bout et il restera vivant au plus profond de nos cœurs.